Loukianos Moshonas
Laurent, le protagoniste du film de Loukianos Moshonas parle, dans une première partie, d’un objet pour lequel il entretient un rapport fort, affectif. Dans le second volet, il fait état de considérations plus générales quant aux usages et rôles dévolus aux objets. Au-delà du simple témoignage de Laurent, transparaît le rapport qu’entretient l’artiste avec son objet, l’œuvre. Plus précisément pour Loukianos Moshonas, ce qui se tisse, à l’aune du cinéma de Jean Eustache ou de Pedro Costa, entre le réalisateur et le film. La première partie où il est mentionné un objet sans que nous puissions le définir nous installe dans un rapport au temps puisque la révélation se fait attendre. La seconde où l’homme tente d’échafauder un cheminement de sa pensée au fil d’une déambulation dans l’appartement instaure une appréhension spatiale. Le comportement de l’homme qui accumule en récupérant divers objets de presque rien, leur attribuant une valeur affective presque superstitieuse dénote d’un rapport à un espace-temps, au monde, non plus collectif mais personnalisé. Ce diptyque est le premier d’une série où Loukianos Moshonas remet en question son mode de réalisation en fonction du rapport qu’entretient le sujet (la personne) avec son objet (le monde). Sont en cours de fabrication deux autres films où le rapport qu’entretient le sujet avec les objets induira chez l’artiste d’autres manières de faire un film.
Pascal Thévenet